« Les gens ne doivent pas être de simples consommateurs, mais également des producteurs d´informations »
3 Fév 2005.   73334 visites
Personne interviewée: Michel Briand, adjoint au Maire de Brest en charge de la citoyenneté et des nouvelles technologies.
Interviewer
David Segarra, Content manager, elearningeuropa.info portal
Des centaines de citoyens anonymes se convertissent en créateurs de contenus digitaux grâce à une initiative développée à Brest (France).

Au cours des dernières années, quelque soixante-dix sites de publication en ligne ont été créés dans la région de Brest. Derrière ces sites, il n’y a pas de journalistes mais des citoyens participatifs et motivés. C’est un exemple intéressant de l’appropriation sociale d’Internet. Nous présentons dans cet entretien l’opinion de Michel Briand, responsable du programme Brest.net. 

Quels types de portails ont été créés par les citoyens ?

Il y a une très grande diversité. Il existe des sites comme Arts dans la rue où des jeunes font des reportages sur les spectacles d’artistes de rue. Le site Brest Ouvert, dédié à l’écologie, met en ligne une vingtaine d’articles par semaine. Beaucoup d’exemples peuvent être consultés sur La ronde des sites coopératifs au pays de Brest.

Jusqu’à quel point peut-on dire qu’il s’agit d’initiatives « locales » ne concernant qu’un public très précis ?

Il ne s’agit pas du tout de choses marginales. Pour prendre un exemple extérieur au réseau brestois, Futura-Sciences est un site de vulgarisation scientifique animé par un étudiant de l’École nationale supérieure des télécommunications qui atteint un million cinq cent mille pages lues par mois. La co-publication et l’écrit à plusieurs ne représentent pas un écrit de second ordre.

Et comment obtient-on que des citoyens se convertissent en rédacteurs ?

Le point de départ est le réseau des soixante points d’accès publics à Internet brestois et la vingtaine de projets soutenus chaque année dans l’appel à projet local. C’est dans ce réseau que sont nées les premières initiatives qui ont découvert la co-publication il y a trois ans. Et puis, les projets se sont étendus à une quinzaine de personnes l’année suivante. Au bout de deux ans, nous avions quarante-cinq sites de co-publication.

Quels outils procurez-vous aux citoyens créateurs de contenus ?

Il y a de nouveaux outils de publication sur Internet qui permettent de publier facilement sans connaître l’informatique. Il s’agit en particulier de l’outil SPIP, système de publication par Internet, qui est librement distribué sur le site Uzine.net. Le fait d’avoir un outil de publication ouvre des possibilités d’expression inaccessibles jusque-là. Mais, très vite, la question qui se pose n’est plus de maîtriser l’outil, mais d’oser écrire et d’apprendre à écrire un texte qui est donné à voir à tout le monde.

Parfois, écrire n’est pas aussi facile que cela en a l’air…

Écrire est un apprentissage qui doit être accompagné. Par exemple, au début, les gens écrivaient en titre « compte-rendu de réunion », ce qui ne veut rien dire. Nous avons donc appris aux gens à essayer de mettre des mots-clés dans les titres pour que ces derniers soient intéressants pour des extérieurs.

Je suppose que vous avez dû mettre en place un programme de formation.

Oui, quatre ateliers par mois alternent formation à l’outil de publication et formation à l’écrit journalistique, à la Mairie ou dans les quartiers. Ensuite, il y a des ateliers plus spécialisés avec des conférenciers invités : l’écrit hyper média, wikipédia, les blogs, droits et propriété intellectuelle… Ces ateliers diversifiés permettent d’avoir sans arrêt des gens nouveaux et d’élargir l’appropriation collective.

Quelle a été l’implication de la Mairie de Brest dans cette initiative ?

Les choses prennent du temps. Mais j’ai été frappé par la rapidité avec laquelle les mairies de quartier ont accepté de mettre les comptes-rendus de réunions des conseils de quartier en ligne. Avant, ils écrivaient un texte qui était envoyé simplement au maire adjoint et à quelques personnes. Aujourd’hui, ce qu’ils écrivent est lu par tout le monde [voir le site Participation à Brest ]. Et ce sont ceux qui l’ont écrit qui signent. Leur travail est reconnu et valorisé en paraissant sur Internet.

Jusqu’à quel point la publication généralisée sur Internet favorise-t-elle la mise en place d’un nouveau mode de participation démocratique ?

C’est un changement, car nous ouvrons l’expression et ce n’est pas habituel dans une culture des collectivités locales et des services publics où il y a souvent peu de place pour la parole des habitants. Donner de l’intérêt à ce que dit une personne, c’est aussi l’inciter à s’impliquer dans la vie de la cité et revaloriser ainsi le politique. Nous avons depuis le début une volonté d’appropriation sociale. Cela nous a semblé un excellent moyen pour que les gens ne soient pas simplement consommateurs, mais également producteurs d’informations.

Combien de personnes avez-vous pu impliquer ?

Nous sommes peut-être trois cents rédacteurs sur la ville, pour deux cent mille habitants. Il reste encore beaucoup à faire.

Michel Briand est adjoint au Maire de Brest en charge de la citoyenneté et des nouvelles technologies, Président de Créatif, collectif des réseaux d’accés public à internet et Trésorier de AVICAM, Association des Villes Câblées et Multimédia

Des sites d’intérêt pour les créateurs de contenus:

Ecrit public, publication qui accompagne l’écriture sur Internet. 
Place Public, association qui facilite les échanges d’expériences entre citoyens.
Créatif, collectif des réseaux d’accés public à internet.
SPIP, Système de Publication par Internet
AVICAM, Association des villes pour le câble et le multimedia
Infini webhosting, plateforme d’hébergement et de l’assistance non-profit.
Marsouin, le laboratoire des usages en Bretagne.

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Donner de l´intérêt à ce que disent les gens c´est aussi revaloriser le politique
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